«Aquí termina el itinerario sorprendente de Prometeo. Clamando su odio a los dioses y su amor al hombre, se aparta con desprecio de Zeus y viene hacia los mortales para llevarlos al asalto del cielo. Pero los hombres son débiles o cobardes; hay que organizarlos. Les gustan el placer y la felicidad inmediata; hay que enseñarles a rechazar, para engrandecerse, la miel de los días. Así, Prometeo, a su vez, se convierte en maestro que enseña primeramente y luego ordena. La lucha se prolonga todavía y se hace agotadora. Los hombres dudan de que puedan llegar a la ciudad del sol y de si esta ciudad existe. Hay que salvarlos de ellos mismos. El héroe les dice entonces que él conoce la ciudad y que es el único que la conoce. Quienes duden de ello serán arrojados al desierto, clavados a una roca, ofrecidos como pasto a las aves crueles. Los otros marcharán en adelante entre tinieblas, detrás del maestro pensativo y solitario. Prometeo, solo, se ha hecho dios y reina sobre la soledad de los hombres. Pero solamente ha conquistado la soledad y la crueldad de Zeus; no es ya Prometeo; es César. El verdadero, el eterno Prometea ha tomado ahora el rostro de una de sus víctimas. El mismo grito, salido del fondo de las edades, sigue resonando en el fondo del desierto de Escitia.» « Ici s’achève l’itinéraire surprenant de Prométhée. Clamant sa haine des dieux et son amour de l’homme, il se détourne avec mépris de Zeus et vient vers les mortels pour les mener à l’assaut du ciel. Mais les hommes sont faibles, ou lâches ; il faut les organiser. Ils aiment le plaisir et le bonheur immédiat ; il faut leur apprendre à refuser, pour se grandir, le miel des jours. Ainsi, Prométhée, à son tour, devient un maître qui enseigne d’abord, commande ensuite. La lutte se prolonge encore et devient épuisante. Les hommes doutent d’aborder à la cité du soleil et si cette cité existe. Il faut les sauver d’eux-mêmes. Le héros leur dit alors qu’il connaît la cité, et qu’il est seul à la connaître. Ceux qui en doutent seront jetés au désert, cloués à un rocher, offerts en pâture aux oiseaux cruels. Les autres marcheront désormais dans les ténèbres, derrière le maître pensif et solitaire. Prométhée, seul, est devenu dieu et règne sur la solitude des hommes. Mais, de Zeus, il n’a conquis que la solitude et la cruauté ; il n’est plus Prométhée, il est César. Le vrai, l’éternel Prométhée a pris maintenant le visage d’une de ses victimes. Le même cri, venu du fond des âges, retentit toujours au fond du désert de Scythie. »
Albert Camus, 1951