{"id":12497,"date":"2015-10-15T17:13:45","date_gmt":"2015-10-15T16:13:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.edder.org\/?p=12497"},"modified":"2018-07-27T16:36:47","modified_gmt":"2018-07-27T14:36:47","slug":"chantal-disparue-par-frederic-bonnaub","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.edder.org\/?p=12497","title":{"rendered":"Chantal disparue (par Fr\u00e9d\u00e9ric Bonnaud)"},"content":{"rendered":"<p>Je crois que j&rsquo;ai toujours aim&eacute; les films de Chantal Akerman. Depuis la d&eacute;couverte des <em>Rendez-vous d&rsquo;Anna<\/em> &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision &agrave; trois cha&icirc;nes &ndash; il y a donc tr&egrave;s longtemps &ndash; quand celle-ci permettait encore ce genre de hasard. Sublime Aurore Cl&eacute;ment, des chambres d&rsquo;h&ocirc;tels, des quais de gares, une sc&egrave;ne tr&egrave;s sexuelle avec Jean-Pierre Cassel, sans que je comprenne bien ce qu&rsquo;il ne voulait pas qu&rsquo;Anna lui fasse.<br \/>\n\tA la rubrique &laquo; genre &raquo;, Wikip&eacute;dia &eacute;crit: &laquo; Un tr&egrave;s autobiographique road movie en train &raquo;, un genre invent&eacute; par Chantal Akerman, cin&eacute;aste et plasticienne qui n&rsquo;aura jamais cess&eacute; d&rsquo;inventer, justement, d&rsquo;hybrider les genres et les formats. Jusqu&rsquo;au lundi 5 octobre 2015.<br \/>\n\tBien plus tard, &agrave; l&rsquo;occasion de sa r&eacute;trospective et de son installation <em>D&rsquo;Est<\/em> au Jeu de Paume, j&rsquo;ai rencontr&eacute; Chantal, toute petite, assise en tailleur et chaussettes sur son fauteuil, la clope, les yeux verts, la voix rauque, les fous rires et toujours une lueur d&rsquo;inqui&eacute;tude dans le regard. Elle n&rsquo;&eacute;tait pas commode, elle &eacute;tait irr&eacute;sistible, si dr&ocirc;le et si belle. C&rsquo;est tellement agr&eacute;able de tomber amoureux des cin&eacute;astes qu&rsquo;on admire d&eacute;j&agrave;. &Ccedil;a n&rsquo;arrive pas souvent.<br \/>\n\tDes fans, des alli&eacute;s, des groupies, Chantal en avait beaucoup, partout, &agrave; travers le vaste monde, des spectateurs qui ne s&rsquo;&eacute;taient jamais remis de <em>Je, tu, il<\/em>, elle ou des presque quatre heures de <em>Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles<\/em>, l&rsquo;un de ses hits plan&eacute;taires et souterrains. Parmi eux, Harris Savides, le g&eacute;nial op&eacute;rateur de Gus Van Sant ou Sofia Coppola. Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il y a des traces lumineuses d&rsquo; Akerman dans <em>Last Days<\/em> ou <em>Somewhere<\/em>. Chantal, c&rsquo;est comme les albums du Velvet : ses films &eacute;taient vus par peu de gens, et elle s&rsquo;en plaignait suffisamment, am&egrave;rement, mais chacun d&rsquo;eux avaient alors envie d&rsquo;essayer de faire un film qui ressemble un peu aux siens. Alors qu&rsquo;elle aurait tellement voulu faire un vrai grand succ&egrave;s commercial, rien qu&rsquo;une fois. Mais non, m&ecirc;me si un chef-d&rsquo;&oelig;uvre comme <em>La Captive<\/em> s&rsquo;en est sorti avec les honneurs (bien que refus&eacute; par la comp&eacute;tition cannoise, bande d&rsquo;abrutis, rattrap&eacute; par la Quinzaine), Chantal &eacute;tait trop radicale, trop casse-cou, immense inventrice de formes mais d&eacute;pourvue des recettes qui garantissent une carri&egrave;re tranquille.<br \/>\n\tJusqu&rsquo;au bout, faisant tapis &agrave; chaque nouveau film, au risque de tout perdre, la petite Juive de Bruxelles, qui s&rsquo;&eacute;tait sentie autoris&eacute;e &agrave; devenir cin&eacute;aste en voyant <em>Pierrot le Fou<\/em>, seule dans son coin, est rest&eacute;e sur la m&ecirc;me ligne dure et inconfortable &ndash; parfois suicidaire, oui &ndash;, que ses pairs en post-Nouvelle Vague (Fassbinder, Eustache, Garrel, Straub &ndash; qui avait beaucoup aim&eacute; <em>Demain on d&eacute;m&eacute;nage<\/em>, avec un merveilleux Jean-Pierre Marielle, soit dit en passant &ndash; ). Comme eux, elle ne savait pas faire autrement; comme eux, elle n&rsquo;aura suivi que sa propre ligne de risque, plus soutenue par les mus&eacute;es, finalement, que par ceux qui auraient d&ucirc; se battre pour participer &agrave; la fabrication d&rsquo;un nouveau film.<br \/>\n\tRegardez l&rsquo;affiche de <em>La Captive<\/em>, regardez cet homme allong&eacute; dans sa baignoire et cette femme nue derri&egrave;re la vitre, intimit&eacute; pure et simplicit&eacute; du dispositif cin&eacute;matographique. Tout le g&eacute;nie d&rsquo;Akerman est l&agrave;, grand art du d&eacute;placement, dans cette fa&ccedil;on de s&rsquo;approprier le motif proustien, et de le r&eacute;inventer plastiquement, dans un geste de cin&eacute;ma qui n&rsquo;a que faire de la culture. <em><span style=\"background-color:#00FF00;\">La Captive<\/span><\/em><span style=\"background-color:#00FF00;\"> passe ce mercredi sur Arte, &agrave; minuit<\/span>. Chantal &eacute;tait fi&egrave;re de ce film, si fi&egrave;re d&rsquo;avoir montr&eacute; que la modernit&eacute; de Proust s&rsquo;accordait si bien &agrave; la sienne, que c&rsquo;&eacute;tait la m&ecirc;me, &laquo; monfr&egrave;re &raquo;, disait-elle. Comme elle avait raison &#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"lazyload aligncenter\" height=\"1006\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns%3D%27http%3A%2F%2Fwww.w3.org%2F2000%2Fsvg%27%20width%3D%27765%27%20height%3D%271006%27%20viewBox%3D%270%200%20765%201006%27%3E%3Crect%20width%3D%27765%27%20height%3D%271006%27%20fill-opacity%3D%220%22%2F%3E%3C%2Fsvg%3E\" data-orig-src=\"http:\/\/edder.org\/images\/captive.jpg\" width=\"765\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je crois que j&rsquo;ai toujours aim&eacute; les films de Chantal Akerman. 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